"De la grippe et de ses effets sur l'intelligence"
Par ns le lundi, novembre 23 2009, 21:31 - messages - Lien permanent

Je ne joue pas souvent au docteur sur mon blog, mais je lis tellement de stupéfiantes âneries sur la grippe que ça me démange d'ajouter mon virion à cette pandémie. Entre Chatel qui confond l'élévation de température des élèves avec celle des préfets et calcule son épidémie au nombre de classes fermées et les apocalyptiques qui braillent qu'on va vacciner nos enfants de force avec du bouillon d'onze heures dans lequel le médecin scolaire aura soigneusement pris soin de cracher pour qu'il soit plus infectant... Le dernier truc en date, c'est la fameuse mutation norvégienne qui est prête à nous faire le coup du parapluie bulgare. Je voudrais juste rappeler qu'un virus, ça mute. C'est même l'une des conditions de sa survie avec celle de ne pas tuer tout le monde. L'ultra méchant qui tue stupidement tous ses hôtes et qu'est même pas capab' de changer de déguisement pour aller infecter ceux qui lui ont échappé la première fois n'est qu'un gros nigaud qui finit le cul dans dans les poubelles de l'Evolution. Et toc.
Donc ça mute, un peu beaucoup. En l'occurrence, assez peu. La piste de recherche, c'est toujours d'essayer de comprendre ce qui se passe dans ces formes éclairs qui touchent les sujets jeunes et sains. Faut pas en vouloir aux médecins : depuis que le premier s'est mis en tête que la merde n'était pas une fatalité, un médecin ça cherche. Et tant qu'ils n'ont pas fini dans les dites poubelles de l'Evolution, c'est qu'ils ont une raison d'être.
La question de savoir si le vaccin marchera encore, un peu ou beaucoup, c'est une question de gens qui, sans le vouloir, accréditent l'idée que ce virus est tellement féroce qu'une imprécision dans le dispositif, ça vous condamne à jouer à la roulette russe.
Bon, c'est une grippe. Pas la peste noire. Une grippe. Et ça peut être chiant, une grippe. On s'en remet le plus souvent. Et toujours, on peut en mourir. Souvent, c'est une façon de s'en aller quand on a beaucoup lutté, beaucoup bataillé. Mais pour les proches qui tiennent à vous, ça peut être très douloureux de vous voir partir comme cela, en se disant qu'on aurait pu, qu'on aurait dû tout tenter pour vous protéger de ce virus. Ou pas.
Bon, le vaccin c'est un vaccin contre une grippe. C'est à dire, aussi bon, ou aussi mauvais, parce que l'immunité réelle contre le virus saisonnier, elle est moyenne. Pas nulle, mais moyenne. Suffisante pour affirmer son bénéfice en tout cas pour les soignants. S'ils se vaccinent, leurs patients meurent moins. Et sans doute profitable à ceux qui ont des facteurs de risque. Un vaccin qu'il faut tenter de voir comme une des manières de protéger les plus vulnérables en diminuant la quantité de virus circulant. Profitable aux laboratoires? Oui, aussi.
Ce n'est pas le seul médicament qui fasse le bonheur des actionnaires. Et là,on retombe sur l'autre volet de mon exaspération : l'espèce de kidnapping des pouvoirs publics sur la question, pour faire de cette grippe la catastrophe sanitaire du siècle, alors que la mortalité de la route sera dix fois supérieure et que la rougeole décime les enfants des pays émergents. Croyez-bien que si un jour, une catastrophe s'abat sur nous, je devancerai la réquisition et je mettrai ma vie personnelle en suspend. Sans aucune espèce d'hésitation. Mais en l'occurrence, cela fait plusieurs mois, que les indicateurs, en particulier ce qui s'est passé dans l'hémisphère sud nous ont écartés des hypothèses pessimistes de départ. Et la mise entre parenthèse de mon travail pour une vaccination de masse, ça me fait braire. Toutes ces questions sur la grippe, l'opportunité d'une vaccination, le choix même du type de vaccin auraient du retourner dans les cabinets des médecins, dans une vraie relation de soin, éclairés par le travail nécessairement lent, patient et parfois ingrat des vrais épidémiologues.
Parce que la science des épidémies, elle est comme ça : elle ne supporte ni les projecteurs des télés, ni le scintillement des Rolex.